Appel de détresse de quelques ex-M23 abandonnés à Kampala àpres la signature de Nairobi

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Alidor Mutudi Bonso. Photo d’archives
Alidor Mutudi Bonso. Photo d’archives


La signature, le jeudi 12 décembre dernier, à Nairobi, des déclarations entre le gouvernement de Kinshasa et les rebelles du M23 – mettant fin aux activités militaires de ce mouvement – a laissé quelques «orphelins» dans la capitale ougandaise. Il s’agit d’un groupe de Congolais qui s’était désolidarisé de Bertrand Bisimwa en jouant à fond – tardivement ? – la carte du «camp de la patrie» que semblaient incarner Kambasu Ngeve, le secrétaire permanent de cette organisation et Jerôme Masagiro. Seulement voilà, aidés par des «amis» et «parents», ces derniers auraient quitté Kampala sur la pointe des pieds. Ils seraient déjà à Goma. Leurs «camarades de lutte», n’ayant aucune ressource, n’osent mettre le nez dehors au pays de Yoweri Museveni, devenu hostile.

Si c’était un roman, le titre serait : “Les orphelins du M23”. Mercredi 18 décembre, l’auteur de ces lignes reçoit un appel téléphonique en provenance de l’Ouganda (00256). «J’espère que vous vous souvenez de moi», lance, d’emblée, l’homme au bout du fil. Il s’agit d’Alidor Mutudi Bonso, un Congolais domicilié dans le Pas-de-Calais en France. Une conversation s’engage aussitôt. Que fait-il en Ouganda ? «J’étais dans le M23 en qualité de chef adjoint du département de l’Education». Et alors ? «Pour avoir choisi la voie de la fin de la guerre incarnée par Kambasu Ngeve, relate-t-il, les camarades du M23 proches de Bertrand Bisimwa nous considèrent comme des traîtres à la cause du Mouvement. Il en est de même des autorités ougandaises. Après la signature des déclarations de fin des hostilités avec le gouvernement de Kinshasa, nous sommes abandonnés à notre triste sort à Kampala où nous ne pouvons mettre le nez dehors compte tenu de l’hostilité ambiante. Nous n’avons pas de ressources financières pour quitter le pays». Qu’attendent-ils du Congo Indépendant ? «Nous lançons un appel au gouvernement congolais».

De l’UREC au M23 en passant par l’UNC

Natif de la province du Kasaï Occidental, «Alidor» n’est pas vraiment un inconnu. Ancien animateur des émissions politiques de la «radio Tshiondo», il s’est lancé dans le militantisme politique en adhérant en janvier 2010 à l’UREC (Union pour la reconstruction du Congo) d’Oscar Kashala avant de claquer la porte au mois de décembre de la même année.

«Candidat malheureux» à l’élection présidentielle de 2006, Kashala avait regagné les Etats-Unis aussitôt après ce scrutin. Au grand dam de certains de ses partisans laissés dans un «flou total». C’est le cas notamment de Mutudi qui ne faisait pas mystère de sa volonté de se présenter aux législatives du 28 novembre 2011.

En février 2011, Alidor prend sa carte de membre à l’UNC (Union pour la nation congolaise) de Vital Kamerhe. Il en devient le secrétaire fédéral adjoint pour le Pas-de-Calais. Vagabondage politique ? «Je ne me considère nullement comme un vagabond politique, réagissait-il dans une interview accordée à Congo Indépendant en février 2011. Je suis simplement pragmatique. On s’engage dans un parti politique dans le but de conquérir et d’exercer le pouvoir pour le plus grand bénéfice de la population. Vous conviendrez avec moi qu’il est illusoire d’espérer conquérir une parcelle du pouvoir en ne faisant rien. La politique c’est l’action…»

Révolté apparemment suite aux tricheries à grande échelle constatées lors du double scrutin du 28 novembre 2011, Alidor décide de rejoindre la rébellion du M23 née en avril 2012. “Une rébellion soutenue par le Rwanda”, notent des enquêteurs onusiens. Au commencement, ce n’était qu’une mutinerie menée par des éléments de l’armée congolaise étiquetés «CNDP» (Congrès national pour la défense du peuple) créé en 2005 par Laurent Nkunda Mihigo. La suite est connue.

“Une aventure ambiguë”

Après la signature des déclarations de Nairobi, Alidor Mutudi Bonso se sent abandonné. Il n’est pas seul dans ce qui ressemble bien à une galère pour ne pas parler d’«aventure ambiguë». Outre lui, il y a : Fior Muyinda (Bandundu), Anaclet Kazadi (Kasaï Oriental), Moïse Chokwe (Katanga), Georges Kambale (Nord Kivu) et Félicien Boteke (Equateur). Ce dernier est réputé proche de Jean-Marie Runiga Lugerero, le tout premier chef politique du M23 qui a été évincé par le duo Makenga Sultani et Bertrand Bisimwa. Ouvrons la parenthèse en ce qui concerne Moïse Chokwe. Joint au téléphone à Kampala le 08 février 2013, celui-ci justifiait en ces termes son ralliement au M23 : «Je suis venu à Kampala non seulement pour soutenir les revendications du M23 mais surtout pour témoigner de la mauvaise gouvernance du pouvoir kabiliste». Fermons la parenthèse.

Qu’en est-il de Kambasu Ngeve qui prétendait incarner le «camp» dit «de la patrie» ? Amère, Mutudi de répondre : «Grâce à leurs frères qui occupent des positions dans les gouvernements provinciaux au Nord et au Sud Kivu, Kambasu Ngeve, Museveni Sendungu et Jérôme Masigiro sont déjà rentrés à Goma. Ils sont partis à notre insu en emportant avec eux tous les moyens mis à notre disposition. Je peux vous assurer que les gens qui sont partis ne sont nullement représentatifs du M23… ».

Au moment où ces lignes sont écrites, des dépêches d’agences de presse rapportent que «les rebelles du M23 continuent de recruter au Rwanda». Les forces armées de la RD Congo, elles, sont accusées de violations des droits humains, selon un rapport confidentiel onusien. En attendant d’y voir clair, il faut espérer que l’appel de détresse, adressé au gouvernement congolais, par Alidor Mutudi et ses compagnons d’infortune sera entendu.

B.A.W
© Congoindépendant 2003-2013

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