Chaude alerte à Kinshasa : trois attaques en des points stratégiques font 40 morts

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Colette Braeckman
Colette Braeckman

Chaude alerte à Kinshasa : trois attaques en des points stratégiques font 40 morts

« Plus de peur que de mal », ainsi que l’écrivait, un peu vite, un quotidien de Kinshasa, ou un sérieux avertissement au chef de l’Etat qui a du différer son retour de Lubumbashi, son avion n’ayant pu atterrir dans la capitale ?
Lundi matin, Kinshasa s’est à nouveau réveillée dans la peur, secouée par des coups de feu éclatant dans trois endroits différents, le siège de la RTNC (radio télévision nationale), l’aéroport de N’Djili et le siège de l’état major général.
En ces trois lieux, les affrontements ont été brefs, spectaculaires et violents. Vers 8 heures du matin, un groupe d’hommes en civil, armés de machettes et d’armes à feu, se sont introduits dans les studios de la RTNC. Alors qu’ils se glissaient derrière deux jeunes présentateurs, l’antenne fut coupée avant que les assaillants aient pu délivrer leur message. Les inconnus, qui brandissaient des machettes, ont occupé les lieux jusqu’à l’intervention de la police nationale. Au même moment, le quartier général de l’armée était attaqué à son tour ainsi que l’aéroport international de N’Djili, où les avions furent cloués au sol durant plusieurs heures.
Prise de panique, la population reflua en hâte vers les quartiers périphériques tandis que la police et l’armée se déployaient dans le quartier administratif de la Gombe, siège des principales institutions.
En fin de matinée, le ministre de l’ Information Lambert Mende déclara que les forces de l’ordre avaient repris le contrôle de la situation, précisant que les affrontements avaient fait une quarantaine de morts, 16 à l’aéroport, huit au siège de la RTNC, et 16 à l’état major général. Pour lui, cet assaut avait pour objectif premier « de terroriser la population à la veille de la nouvelle année, de semer la panique et la terreur. »
Les assaillants se seraient présentés comme des partisans du chef religieux Paul Joseph Mukungubila, qui s’était présenté aux élections présidentielles au Katanga et qui a installé à Kinshasa le siège de son église évangélique, le « ministère de la restauration ».
Le message que les assaillants auraient souhaité lire faisait allusion à ce pasteur qui avait vivement critiqué la position du gouvernement face aux rebelles du M23, accusant le pouvoir d’avoir signé un accord de paix avec les mutins et capitulé devant les Rwandais. Ce qui n’est précisément pas le cas parce que Kinshasa, se reposant sur sa victoire militaire, n’a signé aucun accord avec les rebelles défaits. Ces derniers se sont repliés en Ouganda où, selon certaines sources, ils auraient repris du service à l’occasion des récentes attaques dans la région de Beni.
A la mi journée, une autre attaque était signalée à Kindu dans la province du Maniéma où un groupe de Mai Mai, des combattants traditionnels, a pris d’assaut une base militaire proche de l’aéroport, avant d’être repoussés par les forces de l’ordre. Ces combattants, dirigés par un certain Caesar qui fut tué lors de l’assaut, se réclamaient eux aussi du pasteur Mukulungubila. A Lubumbashi, des tirs ont éclaté autour de la résidence du religieux, tenu pour responsable des évènements de Kinshasa.
A l’analyse, même si ce dernier ne cachait pas son hostilité à l’encontre du pouvoir, il paraît douteux qu’il ait pu organiser une attaque simultanée en trois points stratégiques de la capitale, ce qui suppose des hommes, de l’argent et des complicités au plus haut niveau des services de sécurité.
L’origine de ces troubles serait plutôt à rechercher dans le camp des mécontents, grossi par plusieurs décisions récentes du chef de l’Etat : le week end dernier en effet, le général Charles Bisengimana, un Tutsi congolais Munyamulenge a été confirmé à la tête de la police nationale, un poste qu’il occupait par interim depuis la suspension du général John Numbi, accusé d’avoir été impliqué dans l ‘assassinat du défenseur des droits de l’homme Floribert Chebeya. Le général Raus Chalwe, un fidèle du régime a été déplacé de son poste dans le Bas Congo pour devenir l’adjoint de Bisengimana tandis que le général Charles Kamanya, apprécié pour sa lutte contre la criminalité, a été nommé chef de la police pour Kinshasa. Ces nominations de personnalités de confiance, connues pour leur efficacité, ont suscité des mécontentements dans les rangs « katangais » où on attend toujours que soit choisi un Premier Ministre qui remplacerait l’actuel Matata Mponyo, toujours en affaires courantes…

Source : http://blog.lesoir.be/colette-braeckman/

 

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