Général Jean-François Ndengué, directeur général de la police : «Pour vivre en République du Congo, il faut respecter les lois et les règles de ce pays»

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Le général Jean-François Ndengué prononçant son allocution, lors du lancement de l’opération Mbata ya bakolo
Le général Jean-François Ndengué prononçant son allocution, lors du lancement de l’opération Mbata ya bakolo

Directeur général de la police, le général de police de deuxième classe Jean-François Ndengué a accordé une interview exclusive publiée dans l’édition n°45 du lundi 28 avril 2014 du journal Le Troubadour, pour «éclairer la lanterne des Congolais et des étrangers vivant dans notre pays sur les tenants et les aboutissants» de l’opération «Mbata ya bakolo», souligne notre confrère dans l’introduction.

(…) Voici l’intégralité de l’interview du général Jean-François Ndengué sur l’opération «Mbata ya bakolo», dans laquelle il estime qu’il ne s’agit pas d’une chasse aux sorcières qui serait lancée contre les ressortissants d’un quelconque pays, mais contre les sans-papiers, car «pour vivre en République du Congo, il faut respecter les lois et les règles de ce pays».

Mon général, une dizaine de jours après son lancement, où en est l’opération «Mbata ya Bakolo»? Y a-t-il des résultats significatifs? Constate-t-on une baisse de tension de ce climat d’insécurité dans ces quartiers cibles où elle était manifeste, à la limite de la psychose?

Dans son esprit, comme dans sa lettre, l’opération «Mbata Ya Bakolo» a été conçue comme une opération d’assainissement de certains quartiers de Brazzaville confrontés, jusqu’à la psychose, comme vous le dites, à la violence de cette forme nouvelle de criminalité urbaine qu’est le phénomène Kuluna. Pour rappel, je vous dirai que ce phénomène est caractérisé par des bandes de véritables brigands, armés de haches, de machettes, de fourches et de toutes sortes d’armes blanches qui servent à tailler en pièces, je dis bien tailler en pièces, de paisibles personnes, hommes, femmes ou enfants, indistinctement, à qui on voudrait arracher un téléphone, un sac-à-main ou même un vêtement. Il est à signaler que ces Kuluna sont, souvent, ivres de sang et de violence aveugle, au point de ressembler à des bêtes féroces déchainées. Ils ont sévi du côté des quartiers Jacques Opangault, Nkombo, Massengo; on les a vus à l’œuvre dans les contre-bas de Poto-Poto, vers la gare du chemin de fer et dans le secteur des Dix maisons à Moungali. Ils ont pris tout un quartier en otage, le quartier dit Lunda, dont l’accès était subordonné au paiement d’une taxe imposée, donc, à des Congolais vivant chez eux, par des sujets majoritairement venus de l’étranger.

On a associé à cette lutte contre les Kuluna, une opération de contrôle des étrangers, pour éradiquer l’immigration clandestine. Il s’agit, ici, de rappeler que les bandes kuluna sont composées majoritairement de ressortissants étrangers. Je tiens à préciser que l’opération «Mbata ya bakolo» est parfaitement et rigoureusement encadrée. Au bout de deux semaines d’exécution, cette opération a donné des résultats extraordinaires. Dans les quartiers qui étaient devenus des zones de non-droits, le calme est revenu. Les populations que ce phénomène de violence extrême contraignait à se terrer dans les maisons, dès 17h, ont repris goût à la vie et vaquent paisiblement à leurs occupations ordinaires, soulagées. A ce stade, la totale satisfaction des populations est le véritable baromètre qui atteste, irréfutablement, de la réussite de l’opération «Mbata ya Bakolo».

Cette opération a été, vivement, critiquée par les députés de la RDC, insinuant qu’elle a provoqué mort d’hommes et soumis à des traitements inhumains certains ressortissants d’en face. Qu’en dites-vous?

Je crois qu’une bonne partie de l’opinion est sous-informée. La réaction de ces parlementaires dont vous parlez est marquée du sceau de la désinformation. Et pourtant, nous communiquons! Et Kinshasa est à quelques minutes de Brazzaville, porte-ouverte où ils auraient pu avoir l’information juste, avec la possibilité de constater, sur le terrain, comment se déroule cette opération.
Pressée de questions, mais, pour nous, par devoir, la police congolaise a largement médiatisé l’opération «Mbata ya bakolo». Il n’y a rien, y compris les dérapages condamnés par nous, rien n’a été caché. Il n’y a pas eu de morts, il n’y a pas eu de viols pendant l’opération «Mbata Ya Bakolo». Les dérapages que nous avons identifiés et qui ont été énergiquement dénoncés, se rapportent à des extorsions d’argent, à des vols d’objets personnels. Le directeur général de la police que je suis vous confirme que tous les auteurs de ces dérapages sont mis aux arrêts de rigueur. Avec le concours de l’Inspection générale de la police nationale, la procédure de leur radiation de la police est en cours.

Il y a beaucoup de mauvaise foi dans bon nombre de critiques qui nous sont faites. On découvre sans difficultés qu’il y a même une volonté de manipulation, à des fins inavouées. Mais pour nous, l’essentiel reste la réussite de cette opération de laquelle dépendent la sécurité, la paix et la libre circulation des personnes et des biens. Et nous croyons à un début de triomphe de cette cause.
Par ailleurs, on a voulu faire croire que le Congo était devenu xénophobe et se lançait dans une véritable chasse aux sorcières, par la stigmatisation d’une nationalité particulière. Non! Le Congo est un pays fraternel, un grand pays d’accueil. Le contrôle des immigrés clandestins, acte de souveraineté, se fait pour le bien de tous. C’est d’abord pour nous tous une exigence de sécurité et de tranquillité.

Mon général, récemment une délégation de la RDC conduite par le vice-ministre des affaires étrangère et celui de l’intérieur, a conféré avec le ministre de l’intérieur de notre pays, Monsieur Zéphirin Mboulou, qui était assisté du Conseil de commandement de la police. Quelle a été la principale conclusion de cette réunion? Et en quoi a-t-elle influencé la suite de l’opération «Mbata Ya Bakolo»?

Cette heureuse initiative d’échange et d’information s’est faite à la demande des autorités de la République Démocratique du Congo. Je dis heureuse initiative, au moment où une inacceptable campagne de désinformation menaçait d’empoisonner nos relations traditionnelles séculaires. Il y a eu, face aux morts imaginaires de notre opération, des réactions émotionnelles irresponsables, jusqu’au parlement de la RDC. Des hommes d’Etat de haut rang se sont laissé emporter.
D’autres, par contre, dans un souci d’information, de compréhension et d’apaisement, ont décidé de sortir de la confusion artificiellement suscitée par la rumeur. Ils sont venus et ont échangé, ici à Brazzaville, avec nos autorités. Il en est sorti deux affirmations essentielles. La première: nos hôtes ont convenu avec nous que le travail de contrôle des ressortissants étrangers et l’expulsion de ceux trouvés en situation irrégulière, relevaient de la souveraineté du Congo-Brazzaville, que rien ne pouvait nous le contester. La deuxième: il a été décidé, de commun accord, la mise en place d’une commission d’experts (police, diplomates, experts dans les questions d’immigration, etc.) pour définir les modalités et procédures d’expulsion des ressortissants de la RDC, en situation irrégulière, du territoire du Congo-Brazzaville.

Nous faisions déjà cela! On met ici des formes communément décidées. Mais sachez, pour votre information, que l’ambassade de la RDC a toujours travaillé avec nous. Les ressortissants de la RDC en attente de rapatriement sont nourris et voient leur dignité et leurs droits respectés. Le grand nombre de départs relève de la décision volontaire de ceux qui pensent qu’il est bien, pour eux, de repartir à Kinshasa.
J’insisterai sur le fait que, depuis des siècles, nos deux peuples sont profondément frères. En dépit de quelques crises mineures que nos relations ont pu connaître depuis les indépendances, cette fraternité reste à toute épreuve. Le fameux pont sur le Congo chanté, rêvé et célébré par Franklin Boukaka, ce long fleuve tranquille qu’est le fleuve Congo, fleuve qui n’est pas une clôture mais un grand chemin pour paraphraser le Grand Kabaselé Joseph dit Grand Kallé Djeff, symbolise notre idéal commun d’unité et de fraternité.

Voyez comment sont accueillis ici les artistes de la RDC, les professeurs d’université qui viennent, ici, comme missionnaires dans nos grandes écoles, voyez comment vont et viennent les hommes d’affaires de part et d’autre ou tout simplement les touristes, les gens simples ayant de la famille ici comme là-bas, pensez à tous ces mariages et à toutes ces alliances et vous comprendrez donc que quelques kulunas ou quelques irréductibles qui ne veulent pas se mettre en règle ne pourraient détruire ces liens extraordinaires tissés et consacrés par des siècles de communion.
Ceci dit, n’oublions pas qu’il s’agit aussi de relations entre deux Etats. Un Etat, ce n’est pas de l’émotion. C’est d’abord une exigence de rationalité. Rationalité dans la gestion de son territoire; rationalité dans la gestion de sa démographie, y compris celle des flux migratoires. Au-delà des considérations statistiques, économiques et politiques, il s’agit, pour notre Etat, d’une urgence sécuritaire. L’opération «Mbata Ya Bakolo» s’inscrit dans cette logique. Pour vivre en République du Congo, il faut respecter les lois et les règles de ce pays.

Cette opération unanimement approuvée par la population ne fera-t-elle pas long feu?

Rassurez les populations. Nous n’arrêterons pas cette opération tant que nous n’en aurons pas fini avec le phénomène Kuluna et l’immigration clandestine. Certes, l’immigration zéro est une utopie. Raison de plus pour rendre permanents la maitrise des flux migratoires, le contrôle d’identité des ressortissants étrangers, l’insertion que nous voudrions réussie des étrangers qui désirent ardemment vivre dans notre pays. Il s’agit d’un pari national qui concerne donc l’ensemble du territoire.

La vie politique connaîtra une surchauffe progressivement d’ici à 2016, avec les élections locales, sénatoriales et la prochaine présidentielle. Comment la police entend-elle assurer ses missions de sécurité dans le contexte d’effervescence lié aux grandes échéances politiques?

La police ne fait pas de la politique. Elle est fondamentalement apolitique. Par nature, la vie politique est âpre. Les échéances électorales prochaines n’échapperont pas aux règles du combat politique. Cependant, en République du Congo, Etat moderne, la vie politique est parfaitement civilisée. Toutefois, en tant que bras séculier de l’Etat, garante de la paix et de la sécurité de tous, la police congolaise ne permettra pas qu’au nom de leurs intérêts, les acteurs politiques mettent ce pays à feu et à sang, l’installent dans le désordre.

Propos recueillis par
François BIKINDOU Directeur de publication du journal «Le Troubadour»

Source: La Semaine Afriaine

 

4 COMMENTS

  1. general ndenge tous derriere toi bon boulot MERCI DE POURSUIVRE CHER FRERE CETTE OPERATION CAR BRAZZAVILLE DOIT REDEVENIR BRAZZA LA VERTE DES ANNEES 80 A 90 UN OASIS OU L’ON PEUT CIRCULER SANS ETRE INQUIETER

  2. NDENGE OZALI SUKA NAZOBA OKANISI NDENGE OBOMISI BA DESCENDENTES YA KIMBANGU BAKOMESA YO LOKUMU OMIKOSI EBELE YABA NDEKO NAYO BA BRAZZAVILLOIS BATONDI AWA NA POTO SANS PAPIER OMONI MINDELE BAZALI KOKIPE BANGO KI FRANC MACONNERIE NABINO EKOSUKELA BINO MABE NAKO TANGISA MAKILA YA BATU OMONI NDENGE OBOMISI BA CONGOLAIS .OZALI ATA NA SONI TE ELOKO NINI YAMA LONGA EZALI NA BRAZZAVILLE OYO OZALI KOBOMISA BATU BOZALI BATU YA PASI APAR PETROLE ELOKO NINI YAMALONGA OYO BOZALI NA YANGO NIOSO EWUTA KINSHASA KIMUTEMA MABE NABINO EKOSUKELA BINO MABE BOLONGOLA PAYS NA BINO KOMBO YA CONGO EZALI KOMBO YA CONGO KINSHASA BINO BOZALI BA ESCLAVE YABA FRANCAIS BOLUKELA PAYS NABINO KOMBO MOSUSU BOTONDISI PAYS NA KINDOKI BOMONI BANA YA KIMBANGU BAZALI NA MOTO MAKASI BO BENGANI BANGO BOZALI KOKOSA SANS PAPIER LOKUTA NA BINO EKOSUKELA BINO MABE NA MAKILA YA BATU OYO BOBOMISI .

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