Justice : Vano Kiboko inculpé d’«incitation à la haine et à la révolte»

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Décidé à arracher la révision constitutionnelle pour briguer un troisième mandat en 2016, “Joseph Kabila” est prêt à “neutraliser” tous ceux qui osent se dresser sur le chemin de son ambition. Et ce y compris les membres de sa propre “majorité” dont le discours ne serait pas “politiquement correct”. Le député national honoraire Vano Kiboko en a fait une amère expérience en clamant sa volonté de soutenir une éventuelle candidature de Moïse Katumbi à l’élection présidentielle de 2016. Membre de la communauté Sanga de Kolwezi, Kiboko serait opposé au rattachement de l’actuel district de Kolwezi à la Province du Lualaba. Pour lui, le district urbano-rural de Kolwezi devrait être érigé en province à part entière.

“La dérive dictatoriale que redoutaient les législateurs de 2005 est désormais une réalité”, commentait un avocat kinois, joint au téléphone, tard dans la soirée de lundi 29 décembre. Joseph Kabila est décidé à instrumentaliser l’appareil judiciaire pour humilier et terroriser tous les légalistes qui osent s’opposer à sa volonté de s’accrocher au pouvoir nonobstant l’interdit constitutionnel. Les démocrates congolais doivent se lever pour barrer la route à cette mystification. L’Etat de droit claironné ici et là n’est qu’un mirage. Le Congo-Kinshasa est un Etat de police où règne l’arbitraire”.

De quoi s’agit?

En marge du retour du gouverneur Moïse Katumbi Chapwe au pays, le député national honoraire Vano Kiboko, a animé, samedi 27 décembre, un point de presse à Lubumbashi. Ancien président du Groupe parlementaire du Katanga à l’Assemblée nationale (2006-2011), “Vano” a clamé son soutien à “Moïse” pour la présidentielle de 2016 étant donné, selon lui, que la charte fondamentale, dans sa configuration actuelle, ne permet pas à “Joseph Kabila” de briguer un troisième mandat. “Le raïs devrait se trouver un dauphin”, aurait-il souligné.

Issu de la communiqué ethnique Sanga de Kolwezi, Kiboko, qui est par ailleurs président de l’association socio-culturelle “Lwanzo Lwa Mukuba” a dit son opposition au rattachement de Kolwezi à la Province du Lualaba. “Le district urbano-rural de Kolwezi doit être érigé en province à part entière”, a-t-il déclaré. Dans son premier alinéa, l’article 2 de la Constitution promulguée le 18 février 2006 stipule que “la République démocratique du Congo est composée de la ville de Kinshasa et de 25 provinces dotées de la personnalité juridique”. Huit années après l’entrée en vigueur de cette loi fondamentale, le pouvoir kabiliste, hésite à matérialiser le nouveau découpage territorial. Manque de volonté politique? Des pesanteurs locaux handicaperaient-ils cette opération?

Dans le cas de Kolwezi, il semble que Vano Kiboko ferait face à des adversaires hauts placés dans l’entourage de “Joseph Kabila”. On cite notamment Kalev Mutond, André Ngwej et Richard Muyej respectivement patron de l’ANR (Agence nationale de renseignements), ambassadeur itinérant du chef de l’Etat et ancien ministre de l’Intérieur. Tous les trois appartiennent à la communauté de “Rund” ou “Karund” de la province du Lualaba dont le chef-lieu est Kasaji.

Le même samedi 27, “Vano”, accompagné des membres de sa famille, quitte le chef-lieu du Katanga. Destination : Kinshasa. Ici, la famille Kiboko doit prendre un vol d’Air France, le lendemain, à destination des Etats-Unis via Paris.

Le dimanche 28 décembre, Vano Kiboko et sa suite se présente à l’enregistrement des bagages à l’aéroport de Ndjili. Les formalités se déroulent sans heurts. A l’immigration (DGM), mêmement. Un bémol : le passeport du député national honoraire, lui, est “retenu”. Quel est le problème? La réponse est vague : “une simple vérification”. Les minutes passent. L’avion est finalement parti avec les autres membres de la famille. “Il est coutumier dans le système Kabila que des agents de l’ANR se déguisent en agent de la DGM, commente un observateur. Des éléments de la garde présidentielle ont l’habitude d’opérer en uniforme de policier. Vano était attendu à l’aéroport par des agents de l’ANR déguisés en fonctionnaire de la DGM”.

S’estimant au-dessus des lois, l’agent de la DGM ou de l’ANR ayant confisqué ce titre de voyage n’a invoqué, à l’appui de cette décision, aucune base légale. C’est à croire que les fonctionnaires oeuvrant dans les organismes publics rattachés à la Présidence ignorent que l’Administration doit prendre des décisions conformes aux lois.

Lundi 29 décembre, l’ancien député reçoit un appel téléphonique l’invitant à la DGM afin de récupérer son passeport au siège situé sur le boulevard du 30 juin. Flairant sans doute un traquenard, “Vano” y dépêche son avocat. “Sa présence physique est exigée”, dit-on au juriste. Arrivé à la direction de la DGM, Kiboko est aussitôt embarqué dans un véhicule par des agents de l’ANR qui l’attendaient. Direction : Parquet général de la République. Ici, il est auditionné par un certain 1er avocat général de la République Safari. Dans la soirée, le magistrat l’inculpe du chef de “propagation de faux bruits, incitation à la haine tribale et à la révolte”.

Au moment ces lignes sont bouclées, le député national honoraire Vano Kiboko a été transféré à l’Inspection générale de la police judiciaire dite “Casier judiciaire” où il passera la nuit en tant que prévenu. Où va la Justice congolaise?

B.A.W 

Congoindépendant

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