La dernière lettre connue d’Apollinaire Malu-Malu

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Par AfricaNews

«Je suis et reste convaincu que les Confessions religieuses vont continuer â appuyer la CENI et à apporter leur pierre à la consolidation de la démocratie, en continuant à aider le peuple RD-congolais à s’approprier le processus électoral, en faisant librement le choix de ses dirigeants», a écrit le prêtre de Beni-Butembo aux chefs religieux le 16 octobre 2015 depuis USA où il était admis en soins de santé alors qu’il venait de démissionner de la tête de cette institution électorale.

L’abbé Apollinaire Muholongu Malumalu est mort aux Etats-Unis. Sur son lit d’hôpital, l’ex-président de l’ex-CEI et de la CENI était en train de rédiger un livre sur les processus électoraux en Afrique. Il ne l’aura pas achevé. Mais l’homme dont les proches, notamment les membres de famille et l’évêque, Melchisédech Sikuli, accompagnés d’une forte délégation gouvernementale, du président de la CENI Corneille Nangaa ainsi que du président de la CIME, Révérend Elebe Kapalayi, devaient quitter Kinshasa pour rapatrier la dépouille, savait que l’écrit engage. Avant d’achever la rédaction de cet ouvrage dont la famille et la congrégation devront certainement se charger, il avait entrepris de lancer un émouvant appel aux confessions religieuses dans une lettre écrit à Atlanta, datée du 16 octobre 2015, en tout cas son dernier courrier connu jusque-là.

Il y saluait la collaboration qu’il a bénéficiée de la part des chefs spirituels des églises de la RD-Congo et faisait part de son souci de voir ceux qui poursuivent son œuvre conduire le pays aux élections apaisées. J’ai l’insigne privilège de vous adresser la présente, pour vous rendre hommage et remercier de tout cœur, à travers vous, les Confessions religieuses de la République démocratique du Congo qui, en juin 2013, ont daigné m’accorder leur confiance, en me désignant membre de la Commission électorale nationale indépendante», écrivait-il.

Et de poursuivre: «Je suis et reste convaincu que les Confessions religieuses vont continuer à appuyer la CENI et à apporter leur pierre à la consolidation de la démocratie, en continuant à aider le peuple RDcongolais à s’approprier le processus électoral, en faisant librement le choix de ses dirigeants». Sa lettre -en-fac-similé- est considérée comme un testament légué aux Confessions religieuses, invitées à ne point abandonner la Centrale électorale en vue de permettre aux RD-Congolais de se choisir librement leurs dirigeants à tous les niveaux dans un climat de paix, de transparence et de démocratie. Malumalu a joué un rôle clé dans l’histoire de la 3ème République. Il a été le premier à diriger la Centrale électorale après le dialogue intercongolais organisé à Sun City. Il a organisé les premières élections en 2006 avant d’être remplacé par le pasteur Ngoy Mulunda de l’Eglise méthodiste. Et suite aux irrégularités observées, Mulunda a démissionné et Malumalu avait repris la tête de la CENI en 2013 avant de démissionner en 2015 suite à la maladie qui vient de l’emporter.

Avant sa mort, le 16 octobre 2015, l’abbé Malumalu qui venait de rendre le tablier à la tête de la CENI, avait dit toute sa reconnaissance aux chefs des Confessions religieuses de la RD-Congo pour la confiance qu’ils avaient mise en lui durant sa présidence. «Je suis et resterai très sensible à ce geste et à l’appui dont la CENI ainsi que moi-même avons bénéficié pendant le temps dont j‘ai assumé la tâche, certes difficile, mais exaltante, de direction des actes de l’Organe de gestion électorale de la République démocratique du Con go», leur a-t-il adressé une lettre depuis son lit d’hôpital aux Etats-Unis d’Amérique. Et d’enchainer : «je suis et reste convaincu que les Confessions religieuses vont continuer à appuyer la CENI et à apporter leur pierre à la consolidation de la démocratie, en continuant à aider le peuple RDcongolais à s‘approprier le processus électoral, en faisant librement le choix de ses dirigeants le moment venu. Les confessions, de sa mise en place, religieuses ont fait montre de collaboration franche et très constructive avec notre institution. J’en veux pour preuves leurs suggestions pertinentes et utiles, à travers les rencontres périodiques d’échanges sur les questions électorales ainsi que les activités de sensibilisation et d‘éducation civique électorale qu‘elles organisent régulièrement en faveur des populations. Populations avec lesquelles elles sont en contact quotidien et dont elles connaissent bien les attentes en matière de démocratie et de construction d’un Etat de droit dans notre pays». L’abbé chute par une demande : « Je vous sais d’avance gré de m ‘accorder votre bénédiction et de me garder toujours dans vos prières». Malheureusement, Dieu a décidé autrement. Malumalu est décédé. Lors de sa deuxième élection à la tête de la CENI, Malumalu avait reçu l’aval de son diocèse pendant que l’Eglise catholique et en particulier l’Archevêque de Kinshasa Laurent Monsengwo Pasinya qui dirigeait la CENCO, avait décidé que l’Eglise catholique ne soit pas représentée cette fois-ci à la CENI.

Qui était Apollinaire Malumalu ?

Il s’appelait Apollinaire Malumalu Muholongu. Il a vu le jour le 22 juillet 1961 dans la localité de Muhangi située dans le territoire de Lubero, dans la province du Nord-Kivu, et appartenait à l’ethnie Nande. Il était un prêtre catholique, un activiste et un homme d’Etat de la RD-Congo. Il fut président de la Commission électorale nationale indépendante pendant l’élection présidentielle de 2006 combinées aux législatives nationales en RD-Congo puis entre juin 2013 et octobre 2015.

Ce prêtre a obtenu son doctorat en Sciences politiques à l’Université de Grenoble-II -Université Pierre-Mendès-France- en 1988, et plus tard une maîtrise en Sciences des droits de l’homme, et un diplôme d’études approfondies en Sciences politiques, en Philosophie et en Théologie à Lyonl. De 1993 à 1996, il est nommé curé de la paroisse de Monestier-de-Clermont, dans le Diocèse de Grenoble. En 1997, à la prise de pouvoir par l’AFDL, il retourne en RD-Congo où il va occuper les fonctions de vice-recteur puis de recteur à l’Université du Graben à Butembo.

En 2003, ce prêtre est nommé. expert au Service présidentiel d’études stratégiques attaché au Cabinet du Président de la République Joseph Kabila avant d’être nommé, à la même année, à la tête de la Commission électorale indépendante, chargée de superviser l’enrôlement des électeurs et de l’organisation des différentes élections devant se tenir en RD-Congo en 2005 et 2006 suivant la volonté des résolutions prises au dialogue intercongolais. Lors des élections de 2006, Malumalu essuie les critiques émanant du Cardinal Etsou critique : «L’abbé n’a aucune influence sur les votes mêmes». Vers la fin 2007, le prêtre est chargé des travaux préparatoires de la Conférence de Goma visant à trouver une solution négociée à la guerre du Kivu où le CNDP et les groupes armés sévissaient plongeant ainsi les populations dans l’insécurité généralisée.

Arrivé le 20 mars 2008, Malumalu reçoit un Honoris Causa de l’Université de Liège pour avoir réussi à organiser des élections démocratiques et transparentes dans la RDCongo, un pays jugé très instable politiquement à cette époque. En 2011, le Comité permanent des évêques membres de la Conférence épiscopale nationale du Congo -CENCO- nomme l’abbé Malumalu directeur général de l’Institut panafricain Cardinal Martino pour l’enseignement social de l’Eglise. Cet institut a été fondé en 2009 pour fonctionner au sein de l’Université Catholique du Congo. Et en octobre 2015, Malumalu démissionne de la présidence de la CENI pour «raisons de santé». Il était soigné d’abord en Afrique du Sud. Après avoir subi une intervention chirurgicale, il est allé poursuivre des soins aux Etats-Unis où il a rendu l’âme le 31 mai 2016. L’Eglise catholique et le gouvernement vont dépêcher une délégation aux USA pour le rapatriement de son corps.

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