Le M23 sur les traces du RCD et du CNDP !

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Les pourparlers entamés à Kampala entre le M23 et Kinshasa ont pris fin jeudi à Nairobi. Accueillie à Kinshasa comme une victoire et la fin d’un cauchemar, la conclusion de ces négociations qui ont pris plus de temps que prévu, est assortie de trois documents dont deux déclarations des belligérants et un communiqué conjoint CIRGL-SADC, deux organisations sous régionales qui se sont  impliquées activement pour le retour de la paix en RDC et dans les Grands Lacs. Mais, à la lecture attentive desdits documents, d’aucuns restent sceptiques quant à l’avenir. Raison : dans le fond, le M23 est sur les traces du RCD et du CNDP.

A la victoire des FARDC sur le M23 s’est ajoutée la conclusion le 12 décembre 3013 à Nairobi (Kenya) des pourparlers entamés à Kampala le 9 décembre  2012 entre le gouvernement et le mouvement rebelle.  Faut-il en rire ou pleurer ? La question est sur toutes lèvres dès que le contenu des documents qui ont consacré la fin des négociations entre les deux protagonistes a été rendu public.
En cause, le flou qui persiste sur les onze points qui ont mis d’accord Kinshasa et l’ex-M23. Il y a,  entre autres, la libération des membres du M23 arrêtés pour des faits de guerre et insurrectionnels, la mutation du M23 en parti politique. Ce n’est pas tout. Il y a aussi le droit accordé aux membres du M23 de faire partie des Commissions à créer.
Il s‘agit de celle relative à la réconciliation et justice ; de celle en charge de la question des biens spoliés, extorqués, volés, pillés et détruits, terres comprises ; de celle chargée de la mise en œuvre des engagements pris par les parties et qui devra travailler avec le Mécanisme national de suivi de l’Accord d’Addis-Abeba.
Toutes ces concessions faites par Kinshasa au nom de la paix comportent un risque certain. Car, l’histoire de la RDC des dix-huit dernières années est écrite par les mêmes personnages. Quand bien même ils pourraient changer de temps en temps, il reste le fond, c’est-à-dire l’esprit qui anime ceux qui ont choisi de faire de la RDC un territoire ouvert au business sans frontières. Mais aussi sans foi ni loi. –
Dans le cas d’espèce, ce qui saute aux yeux c’est que l’on pourrait assister, avec la rentrée en scène du M23, à la réédition des épopées Afdl, RCD et  CNDP.
L’Afdl a donné naissance au RCD ; la RCD a engendré le CNDP ; le CNDP a accouché du M23.  Douter de cette filiation c’est se moquer du peuple congolais. Car, du grand-père à l’arrière petit-fils qu’est le M23 il y a un cordon ombilical qu’est le cahier des charges unique qui survit aux générations et fait ressortir leur arbre généalogique.
A l’instar du grand-père, le M23 trouvera à redire dans ce que Kinshasa lui a concédé. Au besoin, comme l’avaient ses aïeux en son temps, il va jeter les bâtons dans les roues de Kinshasa, glisser sous ses pieds des peaux de banane jusqu’à ce que celui-ci craque et crie : y en a marre ! Alors là, le M23 soutenu par les éternels parrains ougando-rwandais va brandir le non respect des engagements de la part de Kinshasa et trouver ainsi des prétextes pour reprendre les armes.
Fruit des entrailles de l’Afdl, le RCD s’est dressé comme un mouvement rebelle après avoir dirigé toutes les institutions de la RDC. Cette attitude lui a accordé toutes les faveurs à l’occasion du Dialogue intercongolais avant de faire partie de la formule 1+4 . La suite des événements a montré que cela n’a pas suffi pour renoncer à la lutte armée. Et ce fut la création du CNDP.
Ne dit-on pas que les mêmes causes produisent les mêmes effets ?  Le M23 aura beau se muer en parti politique, voire, faire partie de la majorité présidentielle, il ne sera jamais satisfait par rapport à son agenda caché dont il est d’ailleurs un simple sous-traitant.
Chat échaudé craint l’eau froide, dit une sagesse universelle. Kinshasa a tout intérêt à rester sur ses gardes et ne pas céder à  enchantement béat. Que le M23 soit admis à faire partie des commissions à créer pour la mise en œuvre des engagements pris par les parties passe pour un chèque en blanc.
On lui aura accordé d’être juge et partie en ce qui concerne notamment ses membres poursuivis par la justice pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, ou ceux qui sont impliqués dans la spoliation  des biens publics et privés.
Grosso modo, bien que la hache de guerre soit enterrée et la que dissolution du M23 comme groupe armé ait été annoncée – formellement –  il n’est pas exclu que ce groupe armé engendre un autre monstre pour poursuivre le plan de partition de la RDC. D’ores et déjà la communauté internationale a embouché la révision des frontières, comme en écho     aux fossoyeurs de l’ex-colonie belge.
Un autre goulot d’étranglement, c’est la réinsertion sociale des ex-mutins. Nul n’ignore comment  s’est terminé le Programme DDR (Désarmement-Démobilisation-Réinsertion). Financé par la Banque mondiale, ce Programme a connu une gestion calamiteuse au point où, la veille de l’arrivée d’un haut responsable de cette institution de Bretton Woods à Kinshasa, toutes les archives ont été brûlées pour effacer toute trace de la magouille.
Et Kinshasa, qui s’engage à faciliter le désarmement, la  démobilisation et la réinsertion des combattants du M23, n’est pas en mesure de tout supporter. C’est dire que cette réinsertion sociale est hypothétique. Le tri sera difficile. Et à la longue, on risque de revenir à la case départ, le M23 étant déjà sur les traces de ses parents.

Source : Le Potentiel

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