RDC : 22 ans après la marche pacifique du 16 février : les chrétiens ont-ils encore de l’audace ?

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Marche d'Espoir 1992

16 février 1992-16 février 2014, 22 ans se sont, en effet, écoulés depuis la marche pacifique des chrétiens, réprimée dans le sang, par le régime de Mobutu. A l’appel du mouvement laïc de l’église catholique, une dizaine des milliers de chrétiens avaient alors descendu dans la rue, pour réclamer la réouverture de la Conférence Nationale Souveraine (CNS), suspendue ‘‘avec force’’ par le pouvoir en place, sous prétexte du coût financier exorbitant.

Cet acte de courage, motivé par la faim d’un peuple à accéder à la vie démocratique dans l’espoir de sortir la tête de la misère noire qui couvait le Zaïre à l’époque, avait rencontré la perversité des forces de la gendarmerie et de l’armée qui ont ouvert le feu sur les manifestants. Le bilan officiel avait indiqué une vingtaine de morts, alors que l’opposition parlait d’une centaine.

22 ans après, une question capitale mérite d’être posée. Les chrétiens ont-ils encore de l’audace, pour prendre leur responsabilité en main et exercer une influence positive dans la vie de la Nation ? Majoritaires, ils (les chrétiens) constituent plus de 90% de la population congolaise. Mais, quiconque peut constater, sans se tromper, que cette supériorité numérique ne rime pas avec la capacité de s’approprier des questions nationales. La situation politique, économique ou encore sociale du pays aura beau se détériorer, les chrétiens d’après 1992 ont l’air de s’en foutre éperdument.

Peut-on dire que la peur s’est définitivement installée chez ceux qui attendent l’arrivée du Christ, après le massacre du 16 février ? Ou encore, il faut trouver d’autres raisons ailleurs ?

D’emblée, la peur de perdre sa vie dans un pays à tradition bantoue n’est pas à négliger. « Pour faire taire un bantou, vaut mieux lui braquer un fusil, déclare un analyste politique. Il a fallu aux autorités du pays de positionner quelques deux chars devant le stade de martyrs et de disperser les hommes en uniforme dans les rues, pour contenir tous les mécontentements dus aux élections de 2011 »

La peur de la mort ne peut pas être l’unique raison de l’indifférence des chrétiens. A cela peut s’ajouter une raison purement spirituelle.

En effet, depuis les années 90, les églises évangéliques dites de ‘’réveil spirituel’’ n’ont cessé de proliférer et de captiver, au dépend des églises traditionnelles (Catholiques et Protestants) qui ne comptent plus les départs de leurs membres.

Contextuel, le message de ces églises de réveil  s’articule autour de la prospérité (Bien matériel), à obtenir par le canal d’un miracle venant de l’Eternel. Dans l’espoir de résoudre leurs problèmes, la majorité des chrétiens ont trouvé refuge dans ces églises où les prédicateurs donnent des promesses claires : mariage, voyage en Europe, travail, promotion, délivrance contre les démons. Autre temps, autres mœurs, la conviction adoptée par ces chrétiens est de croire que leurs problèmes relèvent exclusivement du domaine spirituel. Ce, au grand bonheur du pouvoir public qui se voit là décharger des responsabilités qu’il aurait dû porter lourdement, par des mouvements de grognes sociales.

«La gestion de la res publica n’intéresse plus les congolais, constitué essentiellement des chrétiens. Par exemple, il y a maintenant des petits vendeurs qui sont chassés dans leurs lieux de commerce dans des conditions parfois inhumaines, sans leur proposer d’alternatives pour continuer leurs activités. Eux que le même Etat n’a pas donné le travail. Malgré tout, personne n’a pris l’initiative de contester. Tout le sort est laissé entre les mains de l’Eternel », argumente un sociologue à Kinshasa.  « On dirait que c’est un peuple pacifique. Rien de tel. Ce n’est qu’une nouvelle façon dangereuse de voir les choses», poursuit-il.

Ainsi qu’on peut s’en rendre compte, si les chrétiens de 1992 ont joué un grand rôle dans l’avènement de la démocratie en RDC, ceux d’aujourd’hui ne semblent pas disposer à s’impliquer pour la consolidation de la démocratie ou encore à dénoncer tous les ça-ne-va-pas de sa société. Dommage !

Socrate Nsimba

(Avec la Prosperité)

1 COMMENT

  1. Tata pe mokolo sodruma, veritable sasa gulupa gbada zamoto atumba , alekisi likambu yango Na passé simple pe alingi kokoma president ya nboka. Olingi ozua ba Congolais lokola ba bololé ?

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