RDC : Le chant du cygne pour le M23 ?

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RDC: Le M23 – on ne quittera pas nos positions, la MONUSCO a mal choisi le moment  et sa cible

C’est désormais la descente aux enfers pour les rebelles du M23. En effet, depuis l’offensive victorieuse que l’armée congolaise a lancée le 25 octobre 2013 contre les positions de ces rebelles armés, on peut dire que c’est la déroute dans les rangs de ces derniers. On se rappelle que le M23 a, pendant plusieurs années, régné en maître sur la province du Nord-Kivu, en République Démocratique du Congo.

Soutenus par le Rwanda, ces rebelles ont tenu, jusque-là, l’armée congolaise en échec. Mais cette fois-ci, face à la force de feu de l’armée congolaise appuyée par les troupes de la Mission des Nations unies pour la stabilisation de la RDC (Monusco), le président du M23 a dû décréter, dimanche, un cessez-le-feu unilatéral des combats et a invité le gouvernement du président Kabila à la reprise des négociations politiques. Seulement, cet appel qui arrive au moment où, sur le terrain, les troupes rebelles sont cernées jusque dans leur dernier bastion, a-t-il des chances d’être entendu ?

Comment ne pas voir dans cette demande de paix, une tactique du M23, pour reprendre son souffle avant de revenir à la charge ?

Rien n’est moins sûr. En effet, la réponse de Kinshasa est arrivée hier matin sous forme de nouvelle offensive contre les dernières positions des rebelles. Cette réaction, en réalité, n’étonne guère. Elle s’inscrit dans la logique de Kabila, d’en finir une bonne fois avec cette plaie dont la puanteur a trop marqué les populations de la région et mis en doute sa capacité à gouverner ce vaste pays aux richesses tant convoitées.

Dans la posture victorieuse qui est celle de l’armée congolaise en ce moment, la tentation est forte pour ses généraux, de vouloir aller cette fois-ci jusqu’au bout de leur détermination en débarrassant totalement la région de cette vermine appelée M23. D’entrée, on verrait bien cette solution, bien que radicale, tout à fait réaliste. Il suffit, pour cela, de se rappeler que c’est le M23 qui a lui-même pris l’initiative des combats, dans le but d’obliger le pouvoir central à accepter certaines de ses exigences, telles que l’amnistie pour tous les rebelles et leur intégration dans les forces armées congolaises. Chose que Kabila a totalement refusée. Dans ces conditions, quel crédit faut-il accorder à cette « main tendue » du M23 ? Comment ne pas voir dans cette demande de paix, une tactique du M23, pour reprendre son souffle avant de revenir à la charge ?

En dépit de cette position de force, le ministre des Affaires étrangères du Congo est quand même retourné à Kampala, la capitale de l’Ouganda, où les discussions avaient débuté depuis décembre 2012. Cette attitude de Kinshasa, laisse comprendre donc que malgré sa position sur le champ de bataille, Kabila ne ferme pas la porte à une solution politique. Il a d’ailleurs toujours appelé le M23 à se muer en parti politique.

On peut d’ores et déjà affirmer que Kinshasa va à Kampala en position de force. Ce pourrait bien être enfin, la porte de sortie de ce conflit qui n’a que trop duré

On sait du reste que cette solution arrangerait bien le président Kabila qui, sur cette lancée victorieuse, doit tout de même tenir compte de l’avis des Nations unies dont les troupes sont pour beaucoup dans les résultats obtenus par l’armée congolaise sur le théâtre des opérations. Or, on le sait, l’ONU privilégie la solution politique à celle militaire.

Si, jusque-là, le M23 hésite à franchir le pas, celui de sa mue en parti politique, c’est sans doute parce qu’il sait, de par ses nombreuses exactions sur la population, et les nombreux crimes dont il s’est rendu coupable, qu’il ne bénéficie d’aucune sympathie auprès du peuple congolais. Se transformer en parti politique est donc pour lui la meilleure façon de mourir, couvert de honte et de dédain. Quoi qu’il en soit, le glas sonne pour toutes les prétentions du M23. Le chant du cygne pour ce mouvement ? Sans doute ; et le profil bas qu’adopte aujourd’hui son principal soutien, Paul Kagané, en dit long sur ce présage.

A Kampala, le M23 devrait donc commencer par négocier le pardon du peuple congolais avant tout autre propos. Quant à Kabila, il doit saisir cette opportunité qui lui met le vent en poupe, pour revoir sa copie en matière de gouvernance. C’est ainsi et seulement ainsi, qu’il évitera à l’avenir un autre M23.

Enfin, il faut dire que cette victoire de l’armée congolaise sur le terrain militaire, doit plutôt servir à prendre un certain ascendant pour mieux aborder les prochaines phases des négociations. Là-dessus, on peut d’ores et déjà affirmer que Kinshasa va à Kampala en position de force. Ce pourrait bien être enfin, la porte de sortie de ce conflit qui n’a que trop duré. Du moins, c’est ce qu’il faut espérer.

DIEUDONNE MAKIENI (LE PAYS)

Source : Le Potentiel

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