CENTRE DE LUTTE CONTRE L’IMPUNITE
ET L’INJUSTICE AU RWANDA (CLIIR)
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Communiqué n°129/2013
Rwanda – Uganda : Le jeune déserteur du M23, MANIRAKIZA Pascal, a été retrouvé à moitié mort au bord d’une rue à Kampala dimanche le 26 août 2013 dans la soirée.
A part ses yeux qui donnent signe de vie, il ne parle pas et il est incapable de bouger. Son corps porte les traces des coups et blessures. Personne n’a vu le véhicule qui est venu le déposer dans cette rue. Le jeune déserteur du M23, Monsieur MANIRAKIZA Pascal, a été porté disparu après son interview à la Radio britannique BBC diffusé dans les informations du mercredi soir le 31/07/2013. Son enlèvement date du dimanche 04/08/2013 grâce à un certain CHRISTOPHE (BUSIGO Christopher) qui se représente comme un allié fort du parti Rwanda National Congress (RNC), est parti le chercher dans le camp de réfugiés de CYAKA non loin de Kampala ; où il est arrivé vendredi 02/08/2013. Reconduit à Kampala et logé dans un hôtel à partir du samedi 03/08/2013, MANIRAKIZA Pascal est porté disparu dimanche le 04/08/2013 après 13h00, heure où il n’a plus répondu à son portable.
Pendant plus de 10 minutes ce jeune étudiant rwandais a témoigné aux ondes de la BBC comment il avait été enlevé à Musanze (ancienne préfecture Ruhengeri au nord du Rwanda) en avril 2013 vers 19h puis embarqué de force dans un camion de l’Armée Rwandaise (les Forces Rwandaises de Défense). Il a également raconté comment il a transité dans un camp à KINIGI avant d’être envoyé dans le camp des rebelles du M23 à RUMANGABO en République Démocratique du Congo (RDC). Il a expliqué comment il avait été affecté dans les rebelles du M23 créés et soutenus par le Rwanda. Il a également expliqué comment il a pu s’enfuir avec d’autres recrues dont certains ont été tués lors de l’évasion. Lui-même a été blessé par une balle et c’est grâce à un pasteur congolais qui l’a soigné et aidé à se réfugier à Kampala en Uganda.
Voici la chronologie de son enlèvement en Uganda:
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Lundi 29/07/2013, le jeune déserteur du M23 MANIRAKIZA Pascal rencontre une ancienne connaissance de Musanze, Monsieur Jean Baptiste MUGABARIGIRA au Old Kampala Police Refugee Desk (un poste de police qui s’occupe des réfugiés menacés ou pourchassés). Ils sympathisent et le déserteur Manirakiza lui donne son numéro de GSM : 250.788.544.401. C’est grâce à ce GSM que Mugabarigira J Baptiste a pu suivre l’enlèvement de Manirakiza Pascal. Mugabarigira perd la trace de son ami le 04/08/2013 après 13h lorsqu’un individu le menace sur le GSM de Manirakiza en lui interdisant de ne plus appeler ce numéro.
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Mercredi 31/08/2013 vers 10h, Manirakiza Pascal appelle Mugabarigira et lui raconte qu’un policier Ugandais appelé MUSINGUZI lui annonce que des gens viendront le chercher. Il lui demande de venir à la police pour suivre ce qui se passe.
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Ce mercredi 31/08/2013 soir, la Radio britannique BBC a pu l’interviewer sur son recrutement forcé dans le M23. Ce qu’il a très bien raconté dans les moindres détails.
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Jeudi matin le 01/08/2013, MANIRAKIZA Pascal appelle Mugabarigira et lui demande de le rejoindre à Office of Prime Minister où il a été conduit dans le véhicule INTERAID portant la plaque n°UAA915N. Mugabarigira y a trouvé un certain Busigo CHRISTOPHE qui prétendait représenter le parti RNC (Rwanda National Congress) en Uganda. Christophe semblait s’intéresser beaucoup à MANIRAKIZA Pascal. Ce qui parut bizarre d’emblée. CHRISTOPHE donna son numéro de GSM n°250.701.469.152 à Mugabarigira qui le réclamait. Ce jeudi 01/08/2013 vers 10h, le véhicule INTERAID embarqua le jeune déserteur avec deux policiers chargés de le garder
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Vendredi 02/08/2013, le déserteur MANIRAKIZA Pascal appelle son ami Mugabarigira pour l’informer qu’on l’a conduit dans le camp de réfugiés de CYAKA où il a été remis à la police chargée de la protection de ce camp.
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Samedi 03/08/2013, MANIRAKIZA téléphone à Mugabarigira pour lui dire qu’il quitte le camp de Cyaka en compagnie de CHRISTOPHE et qu’ils regagnent Kampala immédiatement. Ce déplacement était motivé par le danger de mort qu’il courait d’après les informations fournies par ce CHRISTOPHE. C’est ce dernier qui venait le déplacer pour le faire fuir afin d’échapper aux tueurs envoyés par le régime de Kigali qui pourchassent tous les déserteurs, les journalistes en particulier ainsi que les réfugiés en général, etc.
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Mugabarigira sentant le complot demanda à parler à CHRISTOPHE qui le rassura et lui dit que des gens lui ont donné les moyens financiers pour déplacer Manirakiza et le mettre en sécurité. Il lui promit de le rappeler Lundi le 05/08/2013.
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Dimanche 04/08/2013, MUGABARIGIRA, qui s’inquiétait sur la situation du jeune déserteur menacé de mort, préféra anticiper et téléphona à MANIRAKIZA pour prendre ses nouvelles. Le déserteur lui répondit qu’il lui était interdit de parler à qui que ce soit et qu’il était gardé dans un hôtel à Kampala. Mugabarigira insista pour localiser l’hôtel où il était séquestré pour pouvoir l’y rejoindre. Le déserteur lui assura qu’il allait le rappeler pour lui indiquer comment le rejoindre à l’hôtel dont il ne semblait pas connaître le nom. Il voulait probablement se renseigner d’abord. Par la suite, Mugabarigira n’a pas pu le joindre. Après 30 minutes environ, il réessaya de téléphoner au déserteur, mais cette fois, un individu inconnu prit la communication et se mit à menacer Mugabarigira. Il lui défend de ne plus appeler ce numéro et surtout qu’il ne devait dire à personne que MANIRAKIZA avait quitté le camp de réfugiés de CYAKA. Malgré cette interdiction, Mugabarigira a réessayé d’appeler mais le téléphone de MANIRAKIZA Pascal ne répondait plus.
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Le même dimanche 04/08/2013, MUGABARIGIRA, accompagné d’un certain Marcel RASTA, est allé porter plainte à Old Kampala Police pour déclarer la disparition du jeune déserteur MANIRAKIZA Pascal. La police a enregistré la plainte sous les références suivantes : Old Kampala Police SD, REF 37/4/8/2013, CASE ABDUCTION & THREATENING VIOLENCE, Suspects : CHRISTOPHER.
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Depuis ce dimanche 04/08/2013, aucune nouvelle de MANIRAKIZA n’a pu filtrer. Monsieur MUGABARIGIRA a été obligé de se cacher lui-même en attendant de connaître le sort du jeune déserteur.
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Dimanche 26/08/2013, soit 22 jours après sa disparition, le jeune déserteur du M23, Pascal MANIRAKIZA fut retrouvé au bord d’une rue devant un cimetière de Kampala. Il est dans un état d’inconscience avec des coups et blessures sur tout son corps. Il ne communique pas et on n’ignore le véhicule qui est venu le déposer à cet endroit.
Plusieurs questions se posent et certaines ne trouvent pas de réponses:
Pourquoi le déserteur du M23 a été ramené dans un quartier de Kampala où il a été reconnu par les habitants qui ont fait intervenir la police et la Croix Rouge Ugandaise? Est-ce pour terroriser les autres déserteurs du M23 recrutés de force au Rwanda et envoyés combattre au Congo pour les empêcher de témoigner dans les médias comme la BBC ? Il paraît qu’ils sont nombreux en Uganda, jeunes Hutus et Tutsis confondus.
Rappelons que pour terroriser les opposants TUTSIS à l’intérieur du Rwanda, le Vice-président de Democratic Green Party of Rwanda (le Parti des Verts du Rwanda), Monsieur André RWISEREKA KAGWA, a été décapité et son cadavre fut retrouvé le 14/07/2010 à 3 km de son domicile à Butare. Cet assassinat fut un message fort pour les étudiants de l’Université Nationale du Rwanda (UNR) de Butare qui s’intéressaient à ce parti. Ils ont ainsi pu connaître le sort qui attend tous les opposants politiques qui oseraient quitter le Front Patriotique Rwandais (FPR) et s’engager dans l’opposition démocratique.
Pour terroriser les journalistes indépendants et courageux, le journaliste Jean Léonard RUGAMBAGE a été assassiné devant son domicile dans la nuit du 24/06/2010 date à laquelle le président du Parti Social IMBERAKURI, Maître Bernard NTAGANDA a été arrêté et emprisonné arbitrairement avant d’être condamné à 4 ans de prison le 11/02/2011.
Les rebelles du M23 (Mouvement du 23 MARS) sont créés et soutenus par le président rwandais Paul KAGAME?
Plusieurs signaux le confirment. Entre autres, le rapport des experts de l’ONU ainsi que le témoignage du jeune déserteur MANIRAKIZA Pascal qui vient de le payer très cher et dont on ignore s’il survivra à ses 22 jours de torture intensive.
Que faut-il faire pour protéger les élèves, les étudiants et les jeunes paysans du Rwanda contre les recrutements forcés ? Est-ce que l’ONU, l’Union Européenne, l’Union Africaine et d’autres organisations internationales de défense des droits humains réussiront-ils à interdire les recrutements forcés d’enfants KADOGO et de jeunes gens au Rwanda et en RDC ?
Est-ce que le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies (HCR) va-t-il suspendre la mise en application de la CLAUSE de CESSATION du statut de réfugiés pour les rwandais alors qu’ils sont pourchassés jusque dans les pays d’asile ? Pourquoi les réfugiés rwandais doivent-ils être rapatriés de force sur demande du régime dictatorial du président rwandais, le général Paul Kagame ?
RECOMMANDATIONS: Le CLIIR recommande instamment ce qui suit:
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Que le régime du président rwandais Paul KAGAME cesse de pourchasser particulièrement les déserteurs du M23 qui ont été recrutés de force et qui se réfugient dans les pays voisins ;
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Que l’ONU, la Communauté Internationale et les gouvernements des pays voisins du Rwanda conjuguent leurs efforts pour protéger et les déserteurs du M23 ou des Forces Rwandaises de Défense ainsi que tous les réfugiés rwandais qui fuient le Rwanda sous divers motifs car Les réfugiés rwandais ne sont pas dangereux, mais ils sont en danger ». Le droit d’asile doit être garanti pour tous les réfugiés rwandais où qu’ils soient. Le HCR et les gouvernements des pays d’accueil doivent continuer à protéger et à venir en aide à tous les réfugiés rwandais.
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Le CLIIR demande à tous les réfugiés rwandais de rester solidaires en défendant individuellement et collectivement leur droit d’asile dans les pays respectifs qui les ont accueillis. Nous continuerons à les soutenir dans ce combat.
Fait à Bruxelles, le 01 septembre 2013
Pour le Centre, MATATA Joseph, Coordinateur.
CLIIR* : Le Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda est une association de défense des droits humains basée en Belgique, créée le 18 août 1995. Ses membres sont des militants des droits humains de longue date. Certains ont été actifs au sein d’associations rwandaises de défense des droits humains et ont participé à l’enquête CLADHO/Kanyarwanda sur le génocide de 1994. Lorsqu’ils ont commencé à enquêter sur les crimes du régime rwandais actuel, ils ont subi des menaces et ont été contraints de s’exiler à l’étranger où ils poursuivent leur engagement en faveur des droits humains.
Source : Ikazeiwacu.unblog.fr