«Un gouvernement de cohésion nationale n’existe pas dans une démocratie», dixit Colette Braeckman

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Colette Braeckman
Colette Braeckman

Dans une interview accordée à «CONGONEWS», la journaliste Colette Braeckman du quotidien belge «Le soir», spécialiste des questions politiques de l’Afrique centrale précisément de la Rd-Congo reste septique par rapport au gouvernement de cohésion nationale promit par Joseph Kabila. Selon elle, l’idée de Kabila n’est pas faisable dans une démocratie. La démocratie veut que celui qui gagne exerce jusqu’au terme de son mandat. Braeckman soutient que la victoire des FARDC est la conséquence des multiples reformes opérées au sein de l’Armée. Cette victoire dit-elle, est la résultante des actions diplomatiques menées par le gouvernement Rd-Congolais auprès de la communauté internationale.

L’actualité l’exige. Comment réagissez-vous à l’assassinat de deux journalistes de RFI, Ghislaine Dupont et Claude Verlon au Nord du Mali?
L’assassinat des confrères de la RFI est vraiment dégoutant. C’est révoltant de voir que jusqu’à ce jour, on recourt encore à de telles pratiques atroces en l’endroit des journalistes qui ne faisaient qu’exercer leur travail. C’est comme si le métier de journaliste est un métier où on est exposé au danger. Personnellement, j’ai connu Ghislaine Dupont lors des élections de 2006 en Rd-Congo. J’ai découvert en elle une journaliste professionnelle, pleine de qualités. Donc, je suis très indignée de cet assassinat.

L’Armée rd-congolaise a toujours été perçue comme une armée indisciplinée et désorganisée. A quoi attribuez-vous les prouesses réalisées par les FARDC?
Je pense que l’Armée rd-congolaise a essayé de dépasser les malédictions qui la tenaient dans le passé. Pour mieux comprendre cela, parlons un peu de sa petite histoire. Sous le régime Mobutu, c’était une armée avec à sa tête des chefs corrompus qui n’avaient pas le souci de combattre pour le pays. A l’époque de Kabila (Laurent-Désiré), il n’y a pas eu d’armée parce que c’étaient les rwandais et ougandais qui l’ont amené au pouvoir et qui jouaient ce rôle. Après 2002, cette armée a été infiltrée par les différents rebelles qui occupaient le pays. Cela à travers les opérations de brassage et mixage. Après le dialogue inter-congolais et l’accord de Sun City, l’armée rd-congolaise a intégré en son sein les rebelles du MLC, du RCD et d’autres qui étaient manipulés et qui travaillaient pour les gens de l’extérieur. L’intérêt du pays ne leurs préoccupaient pas. On se retrouve dans la fameuse formule de Didier Reynder’s qui stipule que lorsque vous avez des bonnes et des mauvaises pommes dans un panier, les mauvaises corrompent toujours les bonnes. C’est exactement ce qui s’est passé dans l’Armée rd-congolaise. Vous avez des soldats qui ne sont pas loyaux, corrompus et qui n’ont pas d’éducation militaire. C’était un grand désordre. Mais maintenant cette même armée rd-congolaise a des nouveaux chefs qui ont formés des nouvelles unités. Celles-ci ont appris l’art militaire mais aussi la formation morale. Outre cela, il y a aussi la brigade d’intervention de la MONUSCO avec ses para-commandos qui ont appuyés l’Armée rd-congolaise notamment avec leur matériel sophistiqué. Une brigade dont il est important de rappeler qu’elle a été déployée suite à l’action diplomatique menée d’une part, par la rd-congo surtout avec son ministre des affaires étrangères, Raymond Tshibanda. Et d’autre part, celle des pays d’Afrique australe qui ont aussi envoyés des éléments pour cette brigade de la MONUSCO. La communauté internationale se sentit obliger d’intervenir surtout avec la prise de Goma. C’est comme une humiliation pour elle de voir là où est une de ses missions tomber aux mains d’un groupe rebelle.

Avec la fin du M-23. Pensez-vous que le problème de l’Est est résolu?
Je pense qu’il est trop tôt pour dire que le problème de l’Est est résolu. La stabilisation du Kivu est due aussi à la présence des FDLR dans cette partie du Congo. Depuis 1994 après le génocide au Rwanda, cette présence a toujours servi de prétexte au Rwanda voisin de s’aventurer dans le territoire rd-congolais. Il faut qu’on puisse faire partir ces FDLR du territoire rd-congolais. Et les groupes Maï-Maï estimés à quinze ou dix-sept groupes vont se dire qu’il y a du sérieux et vont eux-mêmes abandonner la guerre dans l’Est. C’est pourquoi les autorités rd-congolaises doivent accélérer les réformes sécuritaires. Il faut former les soldats et les policiers, qu’on les motive avec une bonne rémunération et qu’on mette à leurs dispositions du bon matériel. Construire des belles routes c’est bien mais si les militaires sont mal payés, ils vont utiliser leurs armes pour rançonner la population usagère des ces routes. Promouvoir l’agriculture c’est aussi bien mais les soldats sont mal entretenus, ils commenceront à entrer dans les champs pour piller et voler la population. Pour moi, je pense que l’approche militaire est la meilleure pour résoudre le problème de l’Est.

Quelle chance accordez-vous à l’accord ou déclaration finale de Kampala?
Toutes les guerres du monde se terminent toujours par un accord. La Rd-Congo a montré que militairement il est le plus fort. Cela doit être reconnu par le M23 dans cet accord pour éviter que demain qu’il ait encore des M-24, 25, 26… Avec cet accord, le gouvernement de Kinshasa devra également écouter les M-23 parce que tout ce qu’ils disent ne pas toujours faux. Ils revendiquent la bonne gouvernance, le retour des réfugiés. Donc, cet accord est une façon formelle de dire que la guerre est finie.

Selon vous, qu’est-ce que vous préconisez comme solution pour finir une fois pour toute avec la crise dans l’Est de la Rd-Congo?
Je pense que si on veut mettre un terme avec cette situation, on doit dissuader le voisin Rwanda par des actions diplomatiques et surtout militaires pour qu’il ne s’aventure plus dans le territoire rd-congolais. Vous avez la MONUSCO avec un dispositif de surveillance à la frontière, des drones, le Rwanda n’entrera plus au Congo comme il veut. Mais bien avant, il faut résoudre tous les problèmes qui se présentent à l’intérieur du pays notamment la gouvernance, la stigmatisation de certains groupes ethniques, le retour des réfugiés en Rd-Congo, le problème des enfants soldats et d’autres. Tous ces différents problèmes qui servent de prétexte à certains rd-congolais pour faire des rébellions.

Joseph Kabila a annoncé la mise en place d’un gouvernement dit de cohésion nationale. Pensez-vous que ce gouvernement peut résoudre la crise multiforme que connaît le pays?
La population rd-congolaise a plus besoin d’un gouvernement efficace qui va résoudre les différents problèmes auxquels elle est confrontée. Un gouvernement de cohésion nationale, j’en suis un septique parce qu’en démocratie, ce sont les élections qui comptent. Ceux qui remportent les élections, ont le pouvoir. Et ceux qui perdent, attendent les prochaines élections. C’est la règle de jeu. Je me demande si ce gouvernement n’est pas une forme de faire renaître le 1+4? Si c’est partagé les postes pour que les opposants se taisent, la population qui a longtemps souffert n’en a pas besoin.

Vous avez publié il y a peu un ouvrage sur le docteur Dénis Mukwege, réparateur des femmes violées. Qu’est-ce que vous avez voulu dire dans ce livre?
Réparer est un terme qui choque. Mais quand vous voyez ce qui est fait dans l’Est de pays, ce terme mérite d’être employé. Il y a des choses affreuses qui sont faites par les groupes armés. Ils vont au-delà du viol. Ils détruisent l’appareil génital de la femme. C’est vraiment affreux. Moi, j’ai voulu surtout faire écho de son témoignage à travers le monde de ce médecin qui répare l’appareil génital des femmes violées. C’est un technicien réparateur de la femme violée.

DEO KOKOLO

Source : CongoNews

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